Jules César ou la rage de gouverner jusqu’à la mort

Si il est un Romain que beaucoup, voire tout le monde connait, c’est bien Jules César, Julius Caïus Caesar de son nom latin. Plusieurs raisons à cela. La première bien sûr parce qu’il a vaincu les Gaulois et son chef  Vercingetorix . La deuxième parce que nos amis Uderzo et Goscinni l’ont immortalisé à travers les péripéties d’Astérix et Obélix et enfin, plus sérieusement parce que nombre d’entre nous ont sué et l’ont maudit à travers ses textes à traduire lors du cursus scolaire.  Je n’aurai garde d’oublier tous les péplums d’Hollywood ou de Cinecita qui ont retracé et surtout beaucoup romancé des épisodes de sa vie, particulièrement sa romance avec CléopâtreVI.
 Soyons sérieux et revenons en à cet homme qui a vécu à l’aube de l’ère chrétienne et dont l’Histoire a retenu et beaucoup commenté la disparition, en 44 avant J.C,  dont nous rappelons l’anniversaire en ce 15 mars 2018, lors des Ides de mars, soit quelque 2062 années plus tard.  Retour en arrière sur cette vie  peu ordinaire de celui qui fut à la fois le soldat, le politique et l’écrivain.
Fils d’un père patricien de la famille des Iuli qui font remonter leurs origines à Iule, fils d’Enée lui même descendant de Venus;  lesquels Iuli s’attribuent également les paternités de Romulus et Rémus. C’est dire combien le jeune Iulius (Julius) Caïus ne pouvait s’imaginer autrement que devenir le premier des Romains. Par sa mère il est plébéien puisque fille du général Marius, ainsi que sa future femme, Cornelia, de l’illustre famille Cinna, soeur de  Lucius Cornélius Cinna, adjoint du général Marius. Il n’est pas inutile de souligner que si les origines du futur César le situent en bonne place dans la société romaine, il ne fait toutefois pas partie de la cinquantaine de familles qui forment la nobilitas qui donnaient régulièrement les consuls.
Le pouvoir a toujours attiré et avec une telle parentèle, le jeune romain ne pouvait que baigner dans cette atmosphère  et environnement où traîtrise, assassinats et conjurations sont monnaies courantes. Pas étonnant qu’arrivé à l’âge adulte il suive ce chemin qui le mènera au pouvoir absolu mais aussi à la mort. Toute sa jeunesse se passera dans une atmosphère conflictuelle où optimates et populares se disputent le pouvoir. Les premiers que l’on peut qualifier d’aristocrates et conservateurs favorables au Sénat ont pour leader Sylla, les seconds voulant donner plus de pouvoir aux provinces, au peuple et promouvoir une politique plus sociale reconnaissent son grand père maternel comme chef de file. Le leader des populares étant le général Marius, le jeune Jules ne pouvait qu’en épouser la cause et donc craindre des Optimates dont le responsable, général, dictateur  et futur consul, était par la force des choses l’ennemi viscéral de Marius sous les ordres duquel il avait guerroyé.
Raconter la vie du futur César demanderait une encyclopédie tant elle fourmille de rebondissements, de faits d’armes, de revirements et trahisons qui lui permettront d’arriver au sommet de la vie politique romaine. Toute sa vie, il dépensera beaucoup pour acheter les consciences, les complaisances, les votes, pour financer des procès, pour offrir des jeux à Rome, allant jusqu’à mettre en présence 320 gladiateurs. C’est dans cette ambiance qu’il gravit les échelons politiques pour arriver au titre de pontifex maximus en 63 avant J.C, puis consul en – 59.  Il écartera du triumvirat les deux autres consuls, gouvernant seul. Il va rapidement s’allier à Pompée, le général le plus important de l’époque qui revient auréolé de gloire après sa victoire sur le roi Mithridate en lui donnant en mariage sa fille Julia.
Il ne faut pas connaître beaucoup de la vie romaine pour savoir que les mœurs y sont très relâchés. Le futur César n’est pas le dernier à s’en plaindre bien au contraire;. Maîtresses et nouvelles épouses se succèdent mais toujours dans une optique politique. Il veut être proconsul et le sera. Tous les moyens sont bons, seul compte à ses yeux le résultat.
Dès la fin de son consulat, l’atmosphère sentant le souffre, des rumeurs de malversations se faisant de plus en plus bruyantes, le Sénat bruissant de menaces,  il part en Gaule sans perdre de vue la mère patrie, ayant également placé des partisans à des postes importants. Toutefois un certain Arvennes nommé Vercingétorix lui cause beaucoup de soucis, la révolte gronde, nous sommes en 52 avant J.C. Les escarmouches dureront une dizaine d’années mais contrairement à une fausse croyance, la vraie révolte gauloise ne durera pas longtemps. En un an le proconsul met au pas la Gaule, Vercingétorix est défait à Alésia, la paix romaine règne à l’ouest du Rhin au prix de plus de 400.000 morts, soumettant trois cents peuples et 800 villes et encore plus de prisonniers.Sitôt la gaule mise au pas, le proconsul pense déjà à son retour à Rome auréolé de sa gloire. Il publie également son ouvrage  (qui fera tant suer les collégiens de notre époque) « Commentaires sur la Guerre des Gaules ». Il a fort à faire. Les conservateurs romains n’en veulent pas. De son côté, il achète beaucoup de politiques mais finalement le Sénat l’enverra, lui et Pompée faire la guerre aux Parthes pour  le sommer de revenir à Rome comme simple citoyen. Il ne l’entend pas de cette oreille et décide de rentrer à Rome non en simple citoyen mais en général. Il franchit ce ruisseau dont le nom  passera à la postérité, le Rubicon, qui marque la frontière entre la Gaule Cisalpine et l’Italie. L’Histoire lui prêtant la célèbre phrase »Alea jacta est » (le sort en est jeté) pour indiquer que dès son entrée en Italie, il ne faut pas envisager de revenir en arrière.
 Pour lui il n’y a pas d’autre alternative: soit entrer dans Rome en vainqueur  avec la gloire soit la mort et le déshonneur. Son choix est vite fait. Ce sera le triomphe. Ses opposants fuient Rome, c’est la débandade chez les consuls et les sénateurs dont Cicéron. En – 49 il est le maître de l’Italie, en – 48 il retrouve le consulat. Il poursuivra ses ennemis  dont Pompée qui est passé chez les opposants. Il le défait  à la bataille de Pharsale . Pompée fuit vers  Chypre et plus tard l’Egypte.
Après plusieurs épisodes belliqueux où il réduit les velléités de Ptolémée çà Alexandrie, Pharnace en Egypte, on retrouve le bouillant général en Afrique où il réduit à néant les armées de Caton et Scipion alliés au roi numide Juba. Caton se suicide, Scipion fuit en Espagne, César conquiert la Numidie.
César rentre en Italie triomphant. En – 46, il est célébré par quatre triomphes  pour ses victoires en Gaule, Le Pont, Egypte et Numidie. Pour fêter ces triomphes et sa montée au Capitole par la Voie Lactée, César ne lésine pas dans la splendeur. Tous le long du chemin qui le mène au Capitole pour y rendre grâce à Jupiter capitolin, , précédant les vaincus et les butins, il passe entre deux rangées d’ éléphants portant flambeaux . L’argent coule à flot. Rien n’est trop beau pour le triomphe de César.La vente des butins rapporte plus de 600 millions de sesterces, une somme colossale, que César va dépenser en partie par des fêtes, des spectacles, des banquets géants réunissant plus de 200 000 convives. Il fait distribuer 75 sesterces à chaque citoyen comme il l’avait promis. Quant à ses légionnaires ils recevront chacun 24 000 sesterces et des lopins de terre.
Mais pendant ce temps, ses ennemis complotent et fomentent des troubles en Espagne. En – 45 César va y mettre bon ordre au prix d’une guerre sans merci où exécutions sommaires le disputent aux atrocités. de retour à Rome, César commet sa première grande faute politique. Il y célèbre son cinquième triomphe . Or ce genre d’événement ne peut avoir lieu que lorsque c’est un peuple ennemi de Rome qui a été défait . Ce qui n’est pas le cas. Le sénat le nomme dictateur pour dix ans. Complètement aux ordres et craintifs , les sénateurs lui accordent tout y compris le titre de Libertador et ensuite d’imperator et même d’avoir des relations avec toutes les femmes qu’il voudra. . Cicéron, l’ennemi d’hier est un des premiers à faire allégeance à l’empereur.
Dans l’ombre , les comploteurs s’agitent. César n’en n’a cure. Il poursuit ses réformes, nomme les magistrats, met fin au cycle corrupteur des campagnes électorales ruineuses financées par l’argent des provinces. En – 44 il nomme Marc Antoine consul et Brutus prêteur (magistrat aux ordres du consul) ainsi que Cassius. Ce dernier le prend mal, il espérait être consul. Il rejoint les comploteurs. Au courant, César tourne en dérision les comploteurs affirmant qu’ils « attendront bien la mort de cette carcasse » en parlant de lui.
Le 14 février -44, le Sénat lui confère le titre de dictateur perpétuel, il a tous pouvoirs pour un temps illimité. C’est à ce moment qu’il prend une décision incompréhensible, il licencie sa garde personnelle, et accorde une amnistie générale. Pourtant les rumeurs d’attentat se font de plus en plus jour. Les devins lui prédisent un danger pour les Ides de mars. Il s’en moque se croyant protégé par les dieux.
Les conjurés sont prêts. Ils ont arrêté la date des Ides de Mars, le 15 mars au début de la réunion du Sénat, dans la Curia Pompéia. Marc Antoine est séparé de César par une bande de solliciteurs tandis qu’un groupe de conjurés entourent l’empereur. L’un des sénateurs, Metellus s’assure qu’aucun garde ne protège César, qu’il ne porte aucune arme et tous l’assaillent. Il tombe mort percé de 23 coups de poignards, le dernier coup étant porté par Brutus, celui qu’il considérait comme son fils. Avant de mourir, César, se tournant vers ce dernier aurait dit en grec et non en latin « Toi aussi, mon fils ».
Le 20 mars fut dressé sur le Champ de Mars un bûcher, le corps reposant sur un lit d’ivoire tendu de pourpre et d’or. Une statue de cire à son effigie fut dressée  sur laquelle figuraient les 23 coups de poignards. Tandis que les flammes faisaient leur oeuvre, Marc Antoine qui avait été épargné lisait la liste des honneurs rendus à César et le texte signé de l’ensemble des sénateurs par lequel ils s’engageaient à défendre sa vie. Les comploteurs ne furent pas récompensés puisque ultérieurement Octave qui avait été adopté par César, qui n’a pas été assassiné étant en Epire au moment des faits, devint Auguste en – 31 , c’est-à-dire empereur, monarque absolu de l’empire.

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